Incendies en Gironde : le village du Porge "sacrifié" ? Les habitants veulent engager une procédure pénale
Sinistrés au Porge, en Gironde, un collectif d'habitants dénonce l'attitude des secours face au mégafeu qui a ravagé leur commune. Persuadés d'avoir été délaissés au profit du Cap-Ferret et de Lacanau, ils ont fait appel à un avocat. Voici ce que l'on sait.
Résumé de l'article
Après l'incendie dévastateur en Gironde, les habitants du Porge dénoncent un sentiment d’abandon et souhaitent engager une procédure face aux choix faits durant les opérations de secours.
D'un côté, les luxueuses villas du Cap-Ferret. De l'autre, les foyers plus modestes du Porge, en Gironde. Une différence que de nombreux habitants pointent aujourd'hui du doigt, la jugeant responsable du désastre : 183 maisons parties en fumée après l'incendie qui s'est déclaré à Saumos, soit 75% de toutes les habitations détruites dans le département. De quoi nourrir un sentiment d'injustice chez les villageois, persuadés d'avoir été "sacrifiés" au profit des zones les plus huppées.
Face à ce constat, la colère a fini par s'organiser. Un collectif, fort de 700 membres, s'est en effet formé pour engager une procédure pénale. Auprès du Parisien, une habitante n'a pas mâché ses mots : "On a été abandonnés. Abandonnés ! Personne n'est venu nous faire évacuer alors que les feux nous entouraient, dans la nuit de mercredi à jeudi. On est qui, pour qu'on ne vienne même pas nous sortir de là ? C'est nous, les habitants, qui nous sommes entraidés pour pouvoir fuir cette nuit de cauchemar."
Incendies en Gironde : la colère du Porge contre les pompiers
Face au désastre qui a frappé Le Porge (Gironde), Nathalie Augonnet, adjointe au maire, prend elle aussi fermement position. Pour elle, la colère des habitants est légitime : "Ce collectif est légitime, non seulement sur ce sujet de l'évacuation mais aussi sur celui de l'attitude des pompiers." Un constat qu'elle appuie d'un exemple précis : "À part ceux du Porge, tous les autres ont soudainement cessé le combat pour aller défendre le Cap-Ferret."
Même son de cloche du côté de Benoit Bouvier, architecte installé dans la commune. Lui va d'ailleurs encore plus loin, évoquant les deux entrepreneurs fortunés liés aux villes voisines : "On a l'impression que deux milliardaires ont ordonné de protéger Lacanau d'un côté et le Cap-Ferret de l'autre." Un sentiment d'abandon également renforcé par ce qu'il a vu ce jour-là : "On voyait les Canadair passer d'un côté et de l'autre alors que le feu était chez nous. C'est affligeant."
Que répondent les pompiers face à ces accusations ?
Face à ces accusations, la presse est donc allée chercher la version des pompiers, envoyés en renfort lors des incendies. Et leur son de cloche est tout autre : aucune commune n'a été volontairement sacrifiée. "Il faut vraiment ne pas connaître les incendies pour penser cela. On s'adapte aux conditions, aux vents. On fait comme on peut ! Et les circonstances nous ont imposé de changer de tactique", explique l'un d'eux. Un constat partagé par un collègue, qui décrit une situation hors de contrôle.
"Au Porge, le feu est passé à plusieurs reprises. Tout a été compliqué à gérer. C'était un enfer", affirme en effet celui-ci. Mais au-delà de la polémique, ce drame a surtout ravivé de vieilles tensions, bien antérieures aux flammes. En effet, derrière la question des moyens déployés se cache un ressentiment plus profond, celui d'une lutte de classes latente entre ces communes du littoral girondin, où les écarts de richesse n'ont jamais cessé d'alimenter les rancœurs.