Une mère et sa fille refusent de céder leur ferme du Kentucky pour 26 millions de dollars
Dans le Kentucky, une mère et sa fille refusent une offre de 26 millions de dollars pour leur ferme, opposant agriculture traditionnelle à un projet de centre de données.
Résumé de l'article
Dans le Kentucky, une mère et sa fille refusent une offre de 26 millions de dollars pour leur ferme, opposant agriculture traditionnelle à un projet de centre de données.
Dans le comté de Mason, au Kentucky, une mère et sa fille résistent à une offre colossale de 26 millions de dollars pour céder leurs terres à un promoteur souhaitant y implanter un data center. Un bras de fer qui illustre les tensions croissantes entre expansion technologique et monde agricole.
Ida Huddleston a 82 ans, 71 acres de terres cultivées et une réponse qui ne varie pas : non. Sa fille Delsia Bare, 54 ans, propriétaire de 463 acres voisins, tient le même discours. Ensemble, elles ont décliné une offre totale de 26 millions de dollars soit respectivement 4,2 millions pour la mère (60 000 dollars l'acre) et 22 millions pour la fille proposés par des investisseurs désireux de transformer leurs exploitations en infrastructure numérique. Ce n'est pas la somme qui pose problème. C'est tout le reste.
Une pression constante
Les sollicitations se sont multipliées, au point qu'Ida ne mâche plus ses mots : "Je leur ai dit que je ne voulais pas de leur argent, que je n'en avais pas besoin". Mais les promoteurs insistent. Relances répétées, pression constante que la vieille agricultrice assimile désormais à du harcèlement moral. L'identité des acheteurs reste, elle, soigneusement dissimulée. Les émissaires ont simplement indiqué représenter une entreprise figurant dans le top 100 américain.
Derrière cette offensive financière se dessine un projet d'envergure : l'installation d'un centre de données qui, selon ses promoteurs, générerait 400 emplois directs et jusqu'à 1 500 emplois indirects dans une région qui en aurait bien besoin. Tyler McHugh, directeur du développement économique local, y voit une opportunité historique : le futur data center deviendrait, selon lui, l'un des trois premiers employeurs du comté. Ida, elle, reste dubitative. "À mon avis, quand tout sera terminé, il n'y aura même pas 50 personnes dans le bâtiment", avoue-t-elle. Une intuition partagée par de nombreux riverains, qui redoutent les nuisances entre le bruit, la consommation d'eau et d'énergie colossale et impact sur les terres agricoles alentour.
La terre ne se négocie pas
Le dossier n'est pas encore tranché : le tribunal du comté doit toujours statuer sur sa validation. Et si certains propriétaires voisins auraient déjà accepté de vendre, d'autres, comme Ida et Delsia, tiennent bon.
Ce qui se joue dans le comté de Mason dépasse largement une simple transaction immobilière. C'est une question d'identité, d'attachement à un mode de vie et d'inquiétude pour une communauté entière. "Je plains tous ceux qui nous entourent, parce qu'ils vont être affectés", glisse Ida. Pour l'heure, mère et fille campent sur leurs positions au sens propre comme au sens figuré. La conclusion d'Ida est sans appel : "Je reste ici, c'est sûr". Certaines choses, visiblement, ne sont pas à vendre.