Incendie à Crans-Montana : une nouvelle information vient mettre à mal la version des gérants
Une révélation sur un incendie survenu en 2024 fragilise la défense des gérants du Constellation, accusés d’avoir ignoré des risques pourtant connus.
Résumé de l'article
Une enquête révèle qu’un incendie précédent avait déjà alerté sur les risques ignorés avant le drame mortel du bar Le Constellation à Crans-Montana.
Près d’un mois après l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, l’enquête connaît un nouveau rebondissement majeur. Une information révélée par la presse italienne fragilise sérieusement la ligne de défense tenue jusqu’ici par les gérants de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti, mis en examen après le drame.
Alors que le sinistre de la nuit du 31 décembre au 1er janvier a coûté la vie à 40 personnes, ces nouveaux éléments relancent les interrogations sur la responsabilité des propriétaires. Ils contredisent notamment leur affirmation selon laquelle ils ignoraient totalement les risques liés à l’aménagement intérieur du bar.
Un précédent incendie qui change la lecture du dossier
Selon une enquête publiée par La Repubblica, l’incendie meurtrier du 1er janvier 2026 ne serait pas un événement isolé. Un premier départ de feu se serait déjà produit en 2024 au sein du bar Le Constellation. Cette information s’appuie sur les déclarations de Maître Sébastien Fanti, avocat de plusieurs familles de victimes. Celui-ci affirme avoir recueilli plus d’une centaine de témoignages concordants. Tous évoquent un incendie causé par "des bougies trop proches du faux plafond non ignifugé". Si ces faits sont avérés, ils démontreraient que les gérants avaient connaissance d’un danger précis et antérieur. Dès lors, l’argument de l’ignorance devient difficile à soutenir. Cette révélation intervient alors que Jacques et Jessica Moretti ont été entendus une seconde fois par le Ministère public de Sion. Elle pourrait peser lourdement sur la suite de la procédure pénale.
Jusqu’à présent, les Moretti ont toujours assuré n’avoir jamais été alertés sur la dangerosité de la mousse acoustique installée au plafond. Or, l’existence d’un incendie antérieur remet frontalement en cause cette version. En effet, un tel événement aurait nécessairement conduit à une analyse des causes et à des mesures correctives. Pourtant, rien n’aurait été modifié. Selon Maître Fanti, plusieurs témoins décrivent une configuration identique en 2024 et en 2026. Même plafond, mêmes bougies, mêmes risques. Cette répétition interroge. Elle suggère une négligence durable plutôt qu’un simple concours de circonstances. De plus, elle affaiblit la crédibilité des déclarations des gérants face aux autorités. Dans ce contexte, l’enquête pourrait s’orienter vers une responsabilité aggravée. Les familles des victimes, elles, y voient déjà la confirmation d’un drame évitable.
Des versions fragilisées par des images et des témoignages
Depuis le début de l’affaire, Jacques et Jessica Moretti rejettent la faute sur un employé de l’établissement. Ils affirment que celui-ci aurait "fermé le loquet de la sortie de secours" en livrant des glaçons, peu après 1 heure du matin. Selon eux, ce geste aurait empêché l’évacuation et aggravé le bilan humain. Toutefois, cette explication ne fait pas l’unanimité. Elle a déjà été mise à mal par plusieurs éléments du dossier. Début janvier, la RTS a diffusé une vidéo tournée lors d’un précédent réveillon au Constellation. On y voit un serveur avertir des clients ayant commandé des bouteilles avec feux de Bengale. "Faites gaffe à la mousse !" lance-t-il à plusieurs reprises. Cette séquence montre que le risque lié au plafond était connu du personnel. Elle suggère aussi que l’usage de sources de flamme à proximité était habituel. Dès lors, la thèse d’un incident imprévisible perd en solidité.
Invitée à réagir, l’autrice de la vidéo a livré un témoignage précis à la RTS. "Je me rappelle, on était très proche du plafond et c’est même pour ça que le serveur a fait ce commentaire : 'faites gaffe à la mousse, faites gaffe à la mousse'." Elle ajoute : "Parce que je pense qu'en tant qu’adulte, il réalisait qu’il y avait peut-être un risque." Ces propos renforcent l’idée d’une conscience partagée du danger. Ils contredisent aussi la version des gérants, qui assurent n’avoir jamais été alertés. Mis bout à bout, témoignages, images et révélations dessinent un tableau accablant. Si les faits avancés par Maître Fanti sont confirmés, les Moretti pourraient être reconnus coupables d’"homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence". Autant de chefs d’accusation déjà retenus lors de leur mise en examen, le 1er janvier.