Incendie à Crans-Montana : les images accablantes filmées deux semaines avant le drame
Des vidéos filmées avant l’incendie de Crans-Montana montrent de graves manquements au Constellation, relançant l’enquête sur les responsabilités.
Résumé de l'article
Des images révélées deux semaines avant l’incendie mortel à Crans-Montana montrent des manquements sérieux aux normes de sécurité dans un bar, relançant l’enquête sur les responsabilités.
De nouvelles images relancent l’enquête sur l’incendie meurtrier de Crans-Montana. Filmées deux semaines avant le drame, elles révèlent des pratiques troublantes au sein du bar Le Constellation, ravivant l’émotion et les interrogations autour des responsabilités des exploitants.
Diffusées par France Télévisions, ces vidéos montrent des défauts de sécurité apparents. Elles jettent une lumière crue sur les choix faits avant la nuit du Nouvel An, marquée par un incendie qui a causé la mort de 40 personnes et fait 116 blessés.
Des vidéos accablantes tournées avant le drame
L’enquête sur l’incendie du Constellation prend un nouveau tournant avec la diffusion d’images datées du 14 décembre. Ces séquences, filmées quinze jours avant le drame, montrent un employé du bar occupé à manipuler des plaques de mousse fixées au plafond. On y voit clairement certaines d’entre elles se décoller. Face à ce problème, le jeune salarié, Gaëtan, tente une solution de fortune. Il essaye de recoller les plaques à l’aide de queues de billard et de simples serviettes en papier. Une méthode improvisée, loin des normes de sécurité attendues dans un établissement recevant du public. Gaëtan transmet ensuite la vidéo à son supérieur, Jacques Moretti. La réponse de ce dernier interroge. “Ouais, ça a l’air pas mal, enlève les autres s’il te plaît”, écrit-il. Cette réaction, jugée légère par plusieurs observateurs, soulève de lourds doutes. Elle suggère une prise de risque assumée, malgré la visibilité du problème.
D’autant plus que ces mousses acoustiques se trouvent à proximité directe de sources de chaleur, notamment des bougies étincelles utilisées lors des soirées festives. Pour les enquêteurs, ces images constituent désormais une pièce centrale du dossier. Une seconde vidéo renforce encore le malaise. Gaëtan y exprime ses doutes sur la tenue des plaques. Jacques Moretti lui répond alors : “Tu vois si ça tombe parce que j’ai mis une mousse, mais une mousse que je ne connais pas. Dis-moi si c’est bon, dis-moi si elle tombe ou pas. Si elle tombe, il va falloir la laisser malheureusement”. Ces mots, aujourd’hui scrutés à la loupe, traduisent une certaine résignation face au danger. Pour Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de l’employé, ces échanges montrent une banalisation du risque. Il dénonce un danger “cardinal, crucial et mortel” devenu, selon lui, “complètement accessoire” aux yeux des exploitants. Il conclut, sévère : “Humainement, c’est inadmissible”.
Jacques Moretti et la question des mousses acoustiques
Auditionné les 20 et 21 janvier 2026, Jacques Moretti a longuement été interrogé sur l’origine et la nature des mousses acoustiques. Le gérant du Constellation a reconnu les avoir posées lui-même. Il affirme toutefois avoir agi de bonne foi. “À l’époque, j’étais allé chez Hornbach et j’ai expliqué que j’avais besoin d’une mousse acoustique pour un établissement public. Ils m’ont conseillé de prendre ce modèle-là”, a-t-il déclaré aux enquêteurs. Selon lui, aucune alerte ne lui aurait été donnée lors de l’achat. Jacques Moretti insiste sur le fait qu’il n’a relevé “aucune contre-indication” sur le produit. Il assure également n’avoir reçu “aucune information particulière” concernant un potentiel risque d’inflammabilité. Une ligne de défense qui peine à convaincre, alors que les images montrent une installation manifestement dégradée.
La justice suisse s’interroge désormais sur l’absence de contrôle professionnel et sur le respect des normes de sécurité en vigueur. Le gérant explique aussi avoir mené ses propres tests. Il raconte avoir utilisé un chalumeau sur un morceau de mousse restant. “J’avais vu que la mousse brûlait quand même. J’ai pris un chalumeau pour voir l’effet sur la mousse. Ça a tout percé”, confie-t-il. Ce test artisanal l’aurait surpris sans l’alerter pleinement. “Le seul truc qui m’a dérangé, c’est vraiment la fumée qui m’a indisposé sinon rien ne m’a choqué”, ajoute-t-il, évoquant “beaucoup de fumée pour pas grand-chose”. Des propos qui contrastent violemment avec l’ampleur du drame survenu quelques jours plus tard.